La fin d'un contre-pouvoir

Depuis sa création en 1966 et sa transformation en établissement public en 1990, l’Institut national de la consommation (INC) et son magazine 60 m...

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La fin d'un contre-pouvoir

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Depuis sa création en 1966 et sa transformation en établissement public en 1990, l’Institut national de la consommation (INC) et son magazine 60 millions de consommateurs ont joué un rôle unique : vérifier, comparer, dénoncer. Indépendants, sans publicité ni actionnaires, ils ont éclairé des générations de citoyens sur les pratiques abusives des marchés. Aujourd’hui, ce contre-pouvoir public, symbole rare de transparence et de service fiable aux consommateurs, est sur le point d’être liquidé dans le projet de loi de finances 2026. Une décision qui sonne comme un coup de rabot sur l’indépendance de l’information, au nom d’une « rationalisation » froide et technocratique.

La disparition programmée de l’Institut national de la consommation (INC) et de 60 millions de consommateurs n’est pas une erreur. Ce n’est pas non plus un accident budgétaire. C’est un choix. Un choix clair : faire des économies de bouts de chandelles, quitte à affaiblir un contre-pouvoir public qui dérange une industrie devenue de plus en plus filoute, au moment même où il serait le plus nécessaire. Depuis près de soixante ans, 60 millions de consommateurs exécute sans relâche une tâche ingrate mais ô combien salutaire : tester, comparer, révéler. Faisant appel à des scientifiques, des laboratoires partenaires indépendants pour débusquer la fraude, les déclarations mensongères ou tronquées concernant des produits aussi essentiels que l’alimentation, les pesticides ou équipements ménagers. Un travail de contrôle et d’éthique salvateur, utile et pertinent…  Sans publicité. Sans actionnaires. Sans complaisance. Trop concret, trop indépendant, pour survivre à une logique strictement comptable. Inscrite dans le projet de loi de finances 2026, la dissolution de l’INC d’ici au 31 mars est justifiée au nom de la « rationalisation ». Un mot creux derrière lequel se cache une brutalité politique : liquider un établissement public qui coûte trop cher, le message est clair ! On a bien cherché à revendre l’ensemble à un groupe de presse privé, ce qui reviendrait à suicider le concept même de neutralité et de probité… et que les soixante salariés compétents et impliqués dans leur noble mission aillent chercher du boulot ailleurs, passez muscade !

Quelques élus ont pourtant « mouillé la chemise ». À l’Assemblée, Aurélien Saintoul (dénonçant un « sabotage ») et Marie-Noëlle Battistel ont multiplié interpellations et prises de parole. Au Sénat, Patrick Kanner, Serge Mérillou, Franck Montaugé et plusieurs collègues ont tenté de bloquer la mesure. Sur le terrain, Jacqueline Belhomme, maire de Malakoff, où est situé cet organisme d’utilité publique, a soutenu les salariés sans détour. Peu importe leurs étiquettes : ils ont défendu l’intérêt général ! En vain.

La majorité gouvernementale assume la décision sans états d’âme. La droite traditionnelle, dans son écrasante majorité, suit en silence. Et le Rassemblement national, pourtant fervent sur le pouvoir d’achat, se tait. Ni amendement, ni déclaration, ni mobilisation. Une absence révélatrice : défendre les consommateurs est plus simple en égrenant des slogans sur les ondes ou les plateaux TV qu’en passant à l’action quand le besoin s’en fait sentir… 60 millions de consommateurs disparaît donc non par désintérêt du public, ni par manque d’utilité, mais par isolement politique. Trop public pour être vendu sans malaise, trop indépendant pour être protégé avec conviction. L’État choisit d’affaiblir l’un des rares outils capables d’éclairer les citoyens consommateurs. Une décision politique discrète, mais lourde de conséquences : gouverner sans citoyens informés, c’est toujours gouverner dans le brouillard.

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