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Premier moment clé : la séquence révolutionnaire. R. Meltz revient sur le débat entre souveraineté populaire et garanties individuelles. La Constitution de 1793 proclame l’égalité politique la plus large, mais la Terreur montre comment l’unité du « peuple » peut justifier la suspension des libertés au nom du « salut public ». À l’inverse, les régimes censitaires du début du XIXe siècle protègent certaines libertés, mais au prix d’une restriction drastique du suffrage : l’égalité est sacrifiée à la peur du nombre.
Autre exemple développé : la crise du 16 mai 1877 sous la IIIe République. L’auteur y voit un moment charnière où s’affrontent une conception parlementaire libérale et une tentation d’autorité incarnée par le pouvoir exécutif. Le compromis républicain qui en sort consolide le suffrage universel tout en stabilisant les libertés publiques — un équilibre fragile, sans cesse renégocié.
L’auteur s’attarde également sur l’affaire Dreyfus : la défense d’un individu injustement condamné devient un test pour la République. Ici, la protection des droits individuels prime sur la cohésion nationale invoquée par les antidreyfusards. Meltz montre comment ce conflit révèle la tension entre unité du corps politique et exigence d’un État de droit, qui prend corps progressivement même si ce concept ne prendra forme en France qu’après la Seconde Guerre mondiale.
Plus près de nous, il analyse la naissance de la Ve République. Le renforcement de l’exécutif en 1958 répond à une aspiration à l’efficacité et à la stabilité — donc, d’une certaine manière, à la souveraineté populaire — mais concentre le pouvoir et reconfigure les contre-pouvoirs. L’élection du président au suffrage universel direct en 1962 approfondit encore cette ambiguïté : plus d’égalité dans le choix du chef, mais un risque de verticalité accrue, qui se traduit jusqu’à aujourd’hui par le renforcement continu du pouvoir présidentiel.
Ces exemples donnent chair à la thèse centrale : la démocratie française avance par ajustements successifs entre l’exigence d’égalité et la protection des libertés. On peut toutefois regretter que la dimension sociale — les inégalités économiques ou territoriales — reste parfois en arrière-plan, alors même qu’elle conditionne concrètement l’accès effectif à la liberté et à l’égalité. Mais c’est aussi la force du livre : proposer une lecture structurante, quitte à simplifier, pour éclairer nos débats contemporains.
Égaux ou libres. Histoire de la démocratie française,
Renaud Meltz,
Paris, Tallandier, 415 p., 2026, 23,90 €
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